Le très bon Wes Anderson (Moonrise Kingdom, film d'ouverture de la sélection officielle), déjà traité par ailleurs dans nos colonnes, narre donc une histoire d’amour fou entre deux gosses de 12 ans (et deux interprètes admirables : Kara Hayward et Jared Gilman), sous la forme d’une robinsonnade plutôt audacieuse : certain de son fait, le couple se heurte violemment à son statut enfantin, auquel les adultes s’échinent à la ramener. De retour à la prise de vue réelle, Wes Anderson continue son improbable mise en scène avec des travellings et panoramiques qui n’appartiennent qu’à lui et au cinéma… d’animation – Fantastic Mister Fox étant de loin le meilleur film du réalisateur pour celui qui écrit ces lignes. Autre improbabilité, un narrateur poilant, pointu comme tout sur l’histoire et la géographie des lieux de ce film insulaire. L'apparence du bonhomme se situe comme un morphing parfait entre un membre de l’équipage de la Calypso et un certain Luc Moullet. Et quand l’esprit de ce dernier souffle sur un film, cette brise est évidemment délicieuse.

Autre teen movie, celui de Gondry, The We and the I (film d’ouverture de la Quinzaine) reçu de façon très mitigée par mon compère Macheret. Entre Larry Clark, soap opera sauce MTV et Sophie Letourneur, il est aussi possible de pointer la justesse et la richesse que dégagent certains aspects du film. Elle tient notamment dans son arc narratif : du groupe – une micro-société oppressante – à l’individu, c’est-à-dire quand la parole s’intimise, quand le « je » et le « moi » peuvent exister – Letourneur bis. Quelque chose d’assez passionnant ressort aussi de l’intégration des vidéos partagées par mobiles interposés dans le bus, qui servent à échanger in situ – dans la « réalité » – un regard complice. Une belle tendresse émane de cela, mais aussi une tristesse presque tragique. Et de faire de ces petits appareils un territoire purement fantasmatique par lequel on s’imagine et se représente donne une belle épaisseur à un ensemble sympathiquement bringuebalant.

Après ces deux films, il ne manquait plus qu’à se retrouver nez à nez avec une chaste amourette de collège, lors d’un voyage scolaire en Bavière. Et à Cannes, tout peut arriver.

Arnaud Hée